Velo Spirit » Un p’tit tour dans les Balkans
Un p’tit tour dans les Balkans
Pierre, sa compagne Lauriane, leur fils Robinson -5 ans- et leur amie Pauline ont sillonné les routes des Balkans. Ils ont rallié Mostar aux rives de la Tara, roulant 420 kilomètres, traversant la Bosnie Herzégovine et le Monténégro. En chemin, ils ont parcouru un territoire tourmenté par l’Histoire, remonté de froides rivières, fait étape dans des villes qui apparaissent comme des oasis au milieu de paysages sauvages, gravi des cols à plus de 1900 mètres d’altitude.
Textes et photos : Pierre GOUYOU BEAUCHAMPS
Pour afficher le contenu, veuillez passer votre smartphone au format paysage.
Dans le parc national du Durmitor, les protagonistes du voyage : Pierre, Robinson, Lauriane et Pauline.

Le voyage a débuté dans la ville de Mostar en Bosnie-Herzégovine, classée à l’UNESCO pour son vieux pont ottoman Stari Most enjambant la Neretva.

Chaque adulte voyage avec un vélo de voyage chargé de sacoches. Robinson, 5 ans, alterne entre son vélo 20 pouces et sa carriole, qu’il a adopté comme deuxième maison depuis ses 7 mois.

Saut traditionnel depuis le pont Stari Most. Les jeunes plongeurs font le tour de l’assemblée de touristes massée sur le pont et une fois qu’ils estiment avoir assez d’argent, il font le grand saut de 25 mètres dans les eaux froides de la Neretva.

La première journée, nous suivons la piste du Ciro, itinéraire cyclable qui suit l’ancienne voie ferrée austro-hongroise entre Mostar et la frontière croate. Elle se prolonge vers Dubrovnik, offrant l’opportunité de plusieurs jours de voyage à vélo à travers une campagne assez sauvage, villages abandonnés et vallées karstiques. Nous quitterons l’itinéraire avant Dubrovnik, privilégiant l’intérieur des terres.

Le tenancier du bar est tellement content d’avoir comme clients des touristes étrangers à vélo qu’il nous parle volontiers de son pays, de sa région, de la ville de Pocitlelj, non loin. Un autre client, local, nous paiera l’addition, une tradition ici

Dans les ruines de la forteresse de Počitelj, construite en 1444 et agrandie par les Ottomans. Elle dominait le village et servait de point stratégique contre les invasions. Počitelj était très attendu : c’était LA destination touristique à voir, un des rares lieux de Bosnie, avec Mostar, à figurer dans les guides pour voyageurs. Comme partout pendant ce voyage à vélo, nous ne croiserons qu’une poignée de visiteurs. Le village ottoman médiéval conserve pourtant un cachet oriental avec ses ruelles pavées, ses maisons en pierre et son hammam, dans un cadre verdoyant et tranquille.

Notre premier bivouac sera le plus beau : nous avons trouvé un spot parfait dans la vallée plate de la Neretva, avant les premiers reliefs qui nous attendent demain.

Premier relief du voyage : on s’extrait de la vallée de la Neretva pour rejoindre la vallée de la Trebišnjica. Le poids cumulé du vélo chargé et de la carriole avoisine les 55 kilos. Avec Robinson dans la carriole et son vélo strappé par-dessus, on est proche des 75 kilos : le moindre relief se sent dans les jambes.

Cette région a été fortement touchée par les guerres yougoslaves : le long de la piste Ćiro et de la vallée de la Trebišnjica, on trouve des villages abandonnés, des hameaux en ruines où maisons effondrées, églises orthodoxes ou mosquées délabrées et granges en bois pourrissent au milieu de la végétation envahissante et des champs en friche.

Souvent perchés sur des collines ou nichés dans des creux karstiques, ces lieux fantomatiques offrent un silence contemplatif et des panoramas ambivalents entre beauté sauvage et cicatrices de conflits ethniques, avec peu ou pas d’habitants permanents.

Une gare abandonnée sur le tracé du Ciro, peu avant d’atteindre Trebinje, la grande ville locale.

Dans la Vallée Trebinsnjica, on suit le tracé étroit de l’ancienne voie de chemin de fer.

Le pont Arslanagić est un ouvrage ottoman du XVIe siècle, long d’environ 80 mètres avec quatre arches en pierre, construit à l’origine 5 kilomètres en amont à Arslanagića et déplacé pierre par pierre en 1972 près de Trebinje pour sauver le monument lors de la construction du barrage de la Trebišnjica

Route partagée avec quelques voitures le long de la rivière Trebišnjica.

Il nous aura fallu près de 3 heures pour gravir les 1000 mètres de dénivelé positif séparant la vallée de la Trebišnjica et le poste frontière avec le Monténégro. Là-haut, un douanier lève les yeux au ciel quand il remarque qu’un enfant de 5 ans roule avec nous. Effectivement, les voitures roulent vite sur les grands axes, que nous serons obligés d’emprunter sur quelques kilomètres pour rejoindre Nikšić. Robinson sera au calme dans sa carriole.

Panorama sur le lac de Slansko, avant d’entrer à Nikšić . Nikšić est la deuxième plus grande ville du Monténégro, un pôle industriel et culturel situé dans une plaine karstique à environ 647 mètres d'altitude.

Ravito !

Premières routes de montagne pour le petit : la route en descente pour rejoindre Savnik, minuscule village aux portes du parc national du Durmitor.

Parfois, on dort dans des campings, parfois, on bivouaque. Ce soir à Savnik, on a trouvé un coin près de la gendarmerie locale, éloigné des chiens qui hurlent toute la nuit. Ce qui est bien quand on voyage à trois adultes, c’est qu’on a une capacité de chargement non négligeable : le soir, on mange bien !



Nous croisons la route de deux amis voyageant à vélo depuis quelques jours. Ils ont acheté 2 vélos à Mostar, et une valise qu’ils ont tout simplement fixée sur le porte-bagage avec des tendeurs. Bikepacking en mode “vite fait” ;-)

Depuis Savnik, il faut remonter vers les hauts plateaux pour rejoindre l’entrée du parc national du Durmitor. L’eau a taillé le relief en profonds canyons. Robinson fait les montées grâce au tire-vélo. C’est presque insensible pour celui ou celle qui le tracte, mais pour Robinson c’est indispensable.

Soudain, le paysage s’ouvre sur les hauts plateaux, terre d’élevage ancestraux des populations locales. Le Durmitor n’est plus très loin, maintenant.

Les Katun Roads sont des itinéraires qui relient entre eux les katuns, les hameaux et pâturages d’altitude où les bergers monténégrins montent l’été avec leurs troupeaux, perpétuant un mode de vie pastoral traditionnel. Par extension, l’expression désigne des routes touristiques en montagne traversant ces alpages habités quelques mois par an, avec hébergements rustiques, produits fermiers et immersion dans cette culture semi‑nomade des Balkans. Plusieurs fois, nous nous arrêtons dans des abris de fortune en bord de route ouvert à la belle saison pour servir un café et quelques bonnes pâtisseries.

Žabljak, “capitale” du Durmitor à 1456 m d'altitude au cœur du parc national du Durmitor au Monténégro, est la commune la plus élevée des Balkans. Elle sert de base touristique pour explorer ce grand massif karstique aux 48 pics supérieurs à 2000 mètres d’altitude. Nous y passons 24 heures avant de traverser le parc sur la route panoramique. Pour la première fois du voyage, on fait la queue aux magasins d’alimentation. Le parc du Durmitor est un aimant touristique, genre de Chamonix local, à plus petite échelle.

Le canyon de la Tara, au Monténégro dans le parc national du Durmitor, au nord de Žabljak, est le plus profond canyon d'Europe, avec jusqu’à 1300 mètres de profondeur sur 82 kilomètres de long, creusé par la rivière Tara, dans un paysage karstique sauvage, couvert de forêts de pins noirs centenaires.

Lieu emblématique du parc du Durmitor, le lac Noir attire les visiteurs du matin au soir, avec une préférence pour le coucher de soleil sur le Bobotov Kuk, point culminant du massif, à 2528 m d'altitude.


Vélo chargé pour l’ascension du Sedlo, col de plus de 1900 mètres d’altitude, situé sur la route panoramique du Durmitor.

La route panoramique du parc du Durmitor est une boucle d’environ 80 kilomètres au cœur du parc national, partant de Žabljak vers le sud via le col de Sedlo (1907 m), le lac de Vraje et les plateaux pastoraux, avant de revenir par l’est en passant près de Plužine et des vues sur le canyon Tara. Route très connue, nous redoutions la circulation, les motos, les camping-cars. Nous sommes partis très tôt le matin et nous avons évité le trafic. Même à midi, même à 14 heures, les routes étaient quasi-désertes.

Pause panoramique au col du Sedlo, avant d’enchaîner avec une série d’autres cols et de points de vue incroyables. Ce sera notre plus belle journée de vélo, aérienne, reculé, intense.

La pause Instagram

Pour les amateurs de gravel, de nombreuses pistes sillonnent le territoire, les possibilités de tracé d’itinéraires sont multiples.

Pause méridienne à l’ombre de l’une des cabanes de bergers des hauts plateaux du Durmitor. Bizarrement, nous n’avons pas croisé beaucoup d’autres voyageurs à vélo, ni ici ni ailleurs pendant nos 8 jours de chevauchée. Les Balkans, c’est encore bien sauvage et dépaysant à vélo !

Perdu dans l’immensité des massifs karstiques du Durmitor

Cabane de producteur de miel sur le bord de la route principale, la route panoramique.

Petit kiosque à café le long de la route panoramique.



scène champêtre, en sortant du parc du Durmitor

Et pour terminer, rien de tel qu’une pâtisserie des Balkans pour se remettre en selle !

Nous sommes partis de Mostar et avons d’abord roulé sur les parties les plus plates de Bosnie, le long des rivières, pour que tout le monde puisse trouver son rythme. Après Niksic, nous avons escaladé 1000 mètres jusqu’à la frontière du Monténégro et sommes restés sur un terrain de montagne jusqu’au parc du Durmitor. Le dernier jour, j’ai roulé jusqu’à Mostar pour récupérer la voiture laissée dans un camping en bordure de la ville : 142 kilomètres en empruntant des pistes et de la route, pour trouver à Mostar une chaleur à peine supportable, 42°C.


/


