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Grimpette Camp : jouer à saute-frontières dans les Pyrénées
Dans les Pyrénées, le duo de photographes et voyageurs Magali Paulin et François Deladerrière a rassemblé un groupe d’amis pour vivre une aventure à vélo en suivant un principe bien particulier : effectuer une boucle franchissant des cols d’altitude, quel que soit le revêtement, route, piste, chemin muletier, prairie d’altitude, pierrier, névés… De Foix à Foix en 4 jours, 270 kilomètres et quasiment 8000 mètres de dénivelé positif, bienvenue au Grimpette Camp ou comment relier des bouts du monde, sans jamais faire demi-tour !
Textes et photos : Pierre GOUYOU BEAUCHAMPS
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C’est jour de marché sous la grande Halle aux Grains de Foix. La place fourmille de cabas remplis de produits locaux tirés dans les allées multicolores. Sous les trois tours du château médiéval, un groupe de 11 cyclistes venus d’horizons variés ont rendez-vous à la terrasse d'un café.

Le duo de photographes et voyageurs à vélo Magali Paulin et François Deladerrière ont rassemblé un groupe d’amis pour vivre une aventure à vélo, dans les montagnes des Pyrénées. Bienvenue au Grimpette Camp - c’est son nom, ou comment jouer à saute-frontières et relier des bouts du monde, sans jamais faire demi-tour.

Uscla et Jouels sont des cols d’encouragement, deux petites tapes dans le dos sur la route du col de Péguère, 1375 mètres d’altitude. Un col sérieux qui dispose lui d’un panneau officiel et qui commande l’ouverture vers le sud et les hautes vallées de l’Ariège.



Traversée du village de Seix, sur la rivière Salat


La ferme de Rouze d'Ustou, halte de notre premier soir, a été retenue pour son isolement. Peut-être même pour son absence de réseau téléphonique. Le smartphone devient subitement un objet encombrant.

Au bout d’une route de montagne escaladant le versant opposée à la route du lendemain, nous avons grimpé au gîte comme pour mieux prendre notre élan. La ferme d’élevage est posée en bout de piste, coincée entre deux pentes boisées où même un dahu ne marcherait pas droit.




La montée au col de Pause (1525 m). Par une belle piste d'altitude, il permet d'accéder. l'étang d'Aréou et le Port d'Aula.




Une piste d’un esthétisme impeccable, deux bandes de terre et une ligne verte au milieu, ont pris le relais pour nous propulser de 1200 à 2260 mètres d’altitude. Un escalier organique, presque irréel dans un site aussi escarpé, longe des lacs à peine dégelés et des dépressions glaciaires remplies de troupeaux d’isards.






Au Port d’Aula, la transition est radicale. La longue piste atteint l’étroit terrain plat, en équilibre au-dessus des deux vallées, et disparaît subitement. À mi-chemin de la montée, le goudron s’était effiloché avant de nous abandonner définitivement. À part une borne de pierre, la frontière franco-espagnole est à peine marquée.

Derrière nous c’est la France, mais rien, visuellement, ne peut le confirmer.

Devant, c’est l’Espagne, mais il faut prendre une carte topographique pour s’en persuader. Ces territoires de haute montagne semblent flotter au-dessus des contingences de découpages territoriaux.

A partir du col débute la grande dégringolade. Chacun s’y prend comme il peut. Certains marchent en retenant le vélo d’une main dans la pente herbeuse, d’autres tentent la descente sur les montures, cahotant sur les épaisses touffes d’herbe grasse.

Nous avons perdu plus de 600 mètres d’altitude en moins de 4 kilomètres de marche. On est plus proche de la chute libre qu’une balade à vélo. En fond de vallée, la piste de gravier est aussi douce que la descente a été verticale. Soyeuse, légèrement inclinée le long du torrent, vent dans le dos.

Arrivée de l'autre côté de la frontière, côté espagnol, dans le village d'Esterri d'Àneu.

La troisième journée démarre sous la pluie. Nous remontons un ravin aussi étroit que tortueux, dans le bruit assourdissant d’un torrent trop pressé qui arrache des tonnes de schiste à la montagne.


La piste de béton visite un minuscule hameau coincé entre l’eau et la roche, une poignée de maisons aux volets fermés et une église penchée, avant de se transformer en large piste de terre ondulant dans les alpages. Le paysage s’ouvre. La lumière s’invite.



Presque intégralement bitumée côté andorran, l’ancienne piste est devenue la superbe voie d’accès à la station Ordino Arcalis, avec tunnels paravalanches, asphalte épais et virages terrassés. L’une des stations les plus prisées de la principauté.


La station Ordino Arcalis occupe le fond de la vallée du Tristaina, aux confins des montagnes de la principauté d’Andorre. Une station cossue aux remontées mécaniques rutilantes et aux parkings géants.


Mathieu Cholet, concepteur des vélos Pechtregon à Bruniquel dans le Tarn-et-Garonne, a imaginé ce réchaud intégré au vélo, dont la réserve de gaz est située directement dans le tube supérieur.

Côté français, la piste s’arrête 450 mètres sous le Port de Rat, qui culmine à 2540 mètres d’altitude.

Le Port de Rat, sur la frontière. Restée à l’état sauvage, la piste est aujourd’hui un chemin pastoral qui se termine en cul-de-sac au bout d’un long cirque glaciaire orienté plein nord, long de plus de 20 kilomètres. L’un des secteurs les plus reculés des Pyrénées.


Sur le dos, sur l’épaule, sous le bras, chacun y va de sa technique pour porter son spad.


Au col, les pieds dans le dernier névé, naît ce sentiment troublant d’être à deux endroits différents, au même moment. Côté pile, des serpents de bitume, une montagne aux pentes travaillées par les machines, un territoire dompté pour le tourisme hivernal. Côté face, le fin fond de l’Ariège, la sauvagerie à l’état pur, aucune trace de présence humaine si ce n’est ce restant de piste oubliée.

Bascule côté français, dans un territoire sauvage et préservé.


Une poignée de chevaux en liberté au fond de la vallée, un cours d’eau se frayant un passage entre les rhododendrons sauvages. La frontière est une porte ouverte. Les confins, une invitation à explorer.


L'arrivée en gare de Foix.


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